Le mot “PEELING” dérive de l’anglais to Peel : peler
Effectuer un PEELING c’est donc réaliser l’ablation des différentes couches de la peau, de la plus superficielle ou couche cornée de l’épiderme (on parle de peeling superficiel) aux couches profondes de la jonction épiderme-derme (c’est le peeling Moyen) pour atteindre les couches moyennes du derme (c’est alors le peeling profond)
Cette action peut être obtenue par des moyens physiques notamment le froid (cryothérapie), par le laser (CO2 et Erbium) mais de nos jours le mot PEELING est réservé à l’usage unique de substances chimiques : c’est le PEELING CHIMIQUE L’étendue des produits utilisés permet de traiter un grand nombre de disgrâces de la peau du visage, des mains et plus accessoirement du cou.

Définition
Selon la nature, l’affinité, la concentration et le PH des produits utilisés , ceux –ci vont descendre plus ou moins profondément dans l’épiderme et le derme pour entraîner une dénaturation , une coagulation des protéines cellulaires , du ciment interstitiel, de la substance fondamentale et des fibres conjonctives . Au passage vaisseaux et terminaisons nerveuses peuvent être coagulés si le peeling est profond. La reconstruction se fera sans dommages à partir du conjonctif profond et des annexes (sudorales et sébacées) si le derme superficiel et l’épiderme ont été détruits. Au-delà du derme moyen cette réparation ne se fera plus et le peeling laisserait une peau cicatricielle identique à celle d’une brûlure accidentelle. Cette « brûlure chimique domestiquée» que constitue le peeling va donc agir en deux temps :
- un premier temps exfoliatoire qui emporte les cellules cornées, les disgrâces et tumeurs superficielles (lentigo, surcharge pigmentaire, verrues séborrhéiques, kératoses) pour l’épiderme, petites ridules correspondant à des fractures de la jonction dermo-épidermique si le peeling est plus profond, voire les rides conjonctives pour le peeling profond.
- Dans un second temps le choc chimique va entraîner une synthèse cellulaire intense à partir des cellules des couches basales de l’épiderme lors du peeling superficiel, des fibroblastes dans le peeling profond. De jeunes fibres de collagène et d’élastine, ainsi que de l’acide hyaluronique vont venir remplir, hydrater et retendre le derme. L’amincissement de l’épiderme va laisser entrevoir la vascularisation cutanée augmentée par néo-synthèse de vaisseaux. Le teint redevient clair, la peau nette et tendue, le rajeunissement peut aller du simple coup d’éclat à l’effacement quasi complet des rides selon la profondeur du peeling.
Peeling superficiel
- les acides de fruit
Dans les peelings superficiels je mettrai à part les acides de fruit (acide glycolique, lactique etc..) qui sont utilisés le plus souvent par les esthéticiennes ou en auto-médication lorsqu’ils sont peu concentrés et bien tamponnés. Pour le médecin, qui les utilise à des concentrations plus fortes leur indication principale est l’acné, les taches très superficielles (mélasma) ou pour un coup d’éclat. A forte concentration et à PH très bas ils sont d’un maniement plus délicat car leur pénétration est variable et parfois imprévisible.
- l’acide trichloracétique
Une place particulière doit être donnée à l’acide trichloracétique , le TCA, qui est le peeling le plus utilisé à l’heure actuelle dans les concentrations entre 15 et 20%.C’est un produit stable et peu coûteux. Il est soluble dans l’eau et peut facilement être mélangé à de la glycérine , du propylène glycol ou encore à des excipients divers comme les saponines qui permettent une pénétration homogène. Différents « kits » comme par exemple, la formule à 15% commercialisée sous le nom d’Easy Peel ®, ou encore le Blue Peel ® d’Obagi ,sont vendus dans le commerce offrant une sécurité d’utilisation et efficacité appréciables. Son utilisation est aisée et ses indications multiples. L’Easy Peel ® s’utilise souvent de façon répétée, à la concentration de 15%, entre 1 à 2 semaines d’intervalle, pour obtenir un effet de sommation sans effet secondaire désagréable : une simple rougeur et une desquamation à peine visible autour du 3ème jour. On obtient ainsi des résultats sur les pigmentations superficielles, les dyskératoses , la peau grise,terne, sèche et rugueuse, qui deviendra plus douce au toucher, rose au regard .
Peeling moyen
- le TCA
Plus appuyé entre 20 et 30% le TCA devient peeling moyen, ses effets secondaires sont plus brutaux , la brûlure plus intense, la peau devient marron dans la semaine qui suit, la desquamation est plus importante , le risque de rebond pigmentaire plus grand. Il est utile à ces concentrations quand il accompagne un peeling profond sur des zones localisées en peri-buccal, peri-orbitaire ou encore sur les joues. Je ne pense pas personnellement qu’il soit plus efficace à ces concentrations qu’une série d’Easy-Peel ® à 15%. Au-delà de 30% je le déconseille car la pénétration du TCA est alors aléatoire et le risque cicatriciel plus important, même domestiqué il entraîne un aspect un rien dépigmenté et porcelainé de la peau très inesthétique. Le phénol domestiqué est bien plus sûr pour un résultat encore supérieur.
- la dépigmentation des chloasma
Pour rester dans le chapitre des peelings superficiels et moyens il existe plusieurs produits associant acide kojique , acide salicylique,vitamine c, hydroquinone,résorcine et autres destinés plus spécialement à la dépigmentation des chloasma. Le mélanocyte est une cellule qui se révèle résistante quand on veut s’en prendre à elle et fragile quand on voudrait l’épargner. En un mot les pigmentations sont complexes , rebelles, superficielles et/ou profondes, multifactorielles ,hormonales, post-inflammatoires, solaires, et il faudra s’armer de patiente et savoir rester « soft ».
Peeling profond
Pour le traitement des rides et des cicatrices seul le peeling profond me parait indiqué . Il faut rejeter les anciennes formules peu stables ou trop dépigmentantes pour choisir l’EXOPEEL ®, formule mise au point par Y. Fintsi. Il est nécessaire dans un premier temps pour les cicatrices, le plus souvent d’acné ou de varicelle , d’en apprécier la profondeur, la souplesse, le degré d’effacement à la tension, la pigmentation. Ce qui permettra de mettre en place une stratégie qui fera appel aux injections de comblement, au relèvement au punch ou à l’aiguille avant de les attaquer par un phénol souvent complété par une abrasion au papier verre dans le même temps opératoire ou à 24heure. Les rides liées au vieillissement et surtout à l’héliodermie, que ce soit le plissé des joues, les rides peri-orbitaires ou encore le code-barre de la lèvre supérieures disparaîtront avec toutes les disgraces superficielles que sont les lentigo et les kératoses. Même certaines rides musculaires comme celles du front vont s’atténuer voire disparaître par un effet tenseur du peeling qui s’accentue au fil des premiers mois. L’effet définitif s’appréciant entre le 3ème et 6ème mois. Bien sûr ce peeling nécessite une solide formation et une bonne connaissance de ses applications. Les suites se simplifient avec l’expérience mais il faudra rester en communication téléphonique avec son patient chaque jour durant la semaine suivant l’acte. L’effet secondaire le plus gênant à étant la rougeur qui peut durer plus d’un mois et de petits troubles pigmentaires qui s’uniformisent avec le temps. Le résultat à terme est souvent exceptionnel.
- la technique
La technique est simple et toujours la même : il s’agit d’appliquer régulièrement un produit chimique sur la peau qui va entraîner sa fonte plus ou moins profonde et sa régénération avec la formation d’un collagène et de fibres élastiques jeunes, actives et nombreuses. C’est ce collagène qui viendra remplir les rides. Selon le produit la peau va peler plus ou moins vite, de façon plus ou, moins importante. Les peelings superficiels permettent de mener une vie normale car la desquamation est à peine visible, le patient sort du cabinet le visage blanc-rosé un peu frippé si la concentration excède 20%, une crème post-peel adaptée et un écran solaire suffiront. Il faut s’avoir que le nombre de passage, l’appui plus ou moins fort du coton, son imprégnation plus ou moins importante, conditionnent aussi la pénétration du produit. Les peelings profonds, pour leur part, nécessitent pour le patient de rester à la maison durant 10 jours environ car au masque de sparadrap posé en sortie d’un Exopeel, succède la pose d’un masque de poudre antiseptique et cicatrisant qu’il faudra conserver 6 à 7 jours
Ces peelings sont-ils douloureux, que peut-on faire à son cabinet ?
La plupart des peelings peuvent être réalisés au cabinet sous anesthésie verbale avec un simple éventail. L’anesthésie locale à la lidocaïne est utile dès que l’on attaque les peelings moyens et le phénol peri-buccal ou peri-orbitaire. Les points classiques sus et sous- orbitaires, canthus externes et mentonniers suffisent la plupart du temps, parfois une infiltration d’anesthésique dilué au niveau des joues peut-être utile. Bien-sûr, en raison des troubles du rythme engendrés parfois par le phénol appliqué trop rapidement sur toute la surface du visage ,il est indispensable de disposer d’un scope et d’un oxymètre mais appliqué lentement et sur de petites surfaces le phénol ne présente aucun risque toxique. Je n’utilise pas de crème anesthésique car elle crée une hyperhydratation qui modifie la pénétration du peeling. De même je ne prépare plus la peau aussi intensément que je le faisais il y a quelques années , je me contente d’essayer de mettre les mélanocytes au repos avec diverses crèmes ou préparation.
- Quels conseils donner à une personne souhaitant bénéficier de cette technique ? Quelles contre-indications ? Quels conseils donner avant, après un peeling ?
Quel autre conseil que de lui dire de s’adresser à son dermatologue. Je pense que tout dermatologue s’intéressant à l’esthétique est susceptible de pratiquer ces actes à son cabinet à l’exception de l’Exopeel de tout le visage qui est un acte plus lourd nécessitant une structure adaptée. Il pourra, au mieux, lui conseiller le bon peeling en fonction de sa peau. Pour chaque produit il existe bien sûr des contre-indications mais elles sont relatives pour la plupart. Comme toujours il est conseillé d’éviter de traiter lors de la grossesse,tout patient présentant des troubles de la cicatrisation ou une maladie de système etc etc En commun et pour l’essentiel, retenons que toute affection infectieuse et en premier chef l’herpès en poussée, contre-indique un peeling, il faudra donc, prendre la précaution de mettre sous anti-viral toute personne présentant de fréquentes poussées d’herpès. Les phototypes foncés , les asiatiques , les métis et les noirs ont de gros risques de faire des troubles pigmentaires, enfin un Exopeel ® de tout le visage est contre-indiqué en cas de trouble du rythme cardiaque, de diabète ou d’insuffisance rénale. Bien sûr l’exposition solaire avant comme après un peeling doit être évitée. L’usage d’une crème écran 50+ sera donc recommandée durant 1 mois pour un peeling léger, six mois pour un peeling profond. Pour conclure, je préconise personnellement pour tout médecin désirant se mettre aux peelings d’avoir recours aux produits du commerce de préférence aux formulations . Les laboratoires ou distributeurs comme Néo-strata ,Mene & Moy, Skintech, la Centrale du peeling, et j’en oublie commercialisent des produits stables, de pénétration homogène, sans confusion possible sur les concentrations. De même je tiens à rappeler qu’il existe de nombreuses formations de valeur données par le CNME du docteur C. Gadreau, l’AFME du dr J.L Morel ou encore le docteur P. Desprez (Skintech) ou le dr J.L Vigneron, notre confrère dermatologue à Saint Paul de Vence. Personnellement c’est très volontiers que j’accueillerai tout confrère désireux de se former et que je répondrai à vos questions.